* Très prochainement, je vous parlerai d’un chef-d’œuvre méconnu, Lazybones (1925). Ce film n’est passé qu’une fois, en 85 ans, à la télévision française. Dans la même veine, Les chercheuses d'or (1933) est à regarder. J'en reparlerai à l'occasion.
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vendredi 1 janvier 2010
Catharsis
Des pulsions de violence et une haine sans borne envers ces connards d’Arte qui, hier soir, ont passé une version avec un commentaire sonore très désagréable (euphémisme) d’un chef-d’œuvre de Chaplin, La Ruée vers l’or. C’était proprement insupportable. Dictature de l’audience, provocation ou simple mauvais goût ? Seule la mythique danse des petits pains a survécu à ce massacre en règle (ouf…) :
* Très prochainement, je vous parlerai d’un chef-d’œuvre méconnu, Lazybones (1925). Ce film n’est passé qu’une fois, en 85 ans, à la télévision française. Dans la même veine, Les chercheuses d'or (1933) est à regarder. J'en reparlerai à l'occasion.
* Très prochainement, je vous parlerai d’un chef-d’œuvre méconnu, Lazybones (1925). Ce film n’est passé qu’une fois, en 85 ans, à la télévision française. Dans la même veine, Les chercheuses d'or (1933) est à regarder. J'en reparlerai à l'occasion.
lundi 28 décembre 2009
La Deuxième Souffle
Le trio Ventura-Meurisse-Constantin dans Le Deuxième Souffle de Melville. Paul Meurisse, ici en commissaire de police, est vraiment exceptionnel. Scène très drôle donc :
* Équipe qu'on retrouvera sur L'Armée des ombres, un classique sur la résistance. Notons que le film Le Deuxième Souffle, dont la nouvelle adaptation d'Alain Corneau est catastrophique, bénéficia de l'expérience de José Giovanni (11 ans de prison).
* Équipe qu'on retrouvera sur L'Armée des ombres, un classique sur la résistance. Notons que le film Le Deuxième Souffle, dont la nouvelle adaptation d'Alain Corneau est catastrophique, bénéficia de l'expérience de José Giovanni (11 ans de prison).
mardi 22 décembre 2009
Lettre au médiateur de France Télévision
Objet : L'affaire Salengro*
Monsieur,
Je vous écris suite à la diffusion du téléfilm du mardi 14 avril, L'affaire Salengro. Ayant fait des études d'histoire, je tenais tout d’abord à féliciter et à remercier France 2 qui, depuis quelques temps déjà, diffuse des téléfilms historiques de qualité à une heure de grande écoute.
L'affaire Salengro n'échappa pas à la règle. La reconstitution du climat politique, le souci d’objectivé ainsi que le choix des acteurs – à l’exception notable de l’interprète de Léon Daudet, fort peu ressemblant - étaient particulièrement réussis.
Je vous signalerais toutefois une inexactitude ou plutôt un manque d’objectivité perceptible dans les dernières secondes de L’affaire Salengro. En effet, à la fin du téléfilm, une voix off déclare que Charles Maurras fut, après la guerre, reconnu coupable de haute trahison et d’intelligence avec l’ennemi, suggérant ainsi que M. Maurras aurait été un fervent collaborationniste.
Or, les historiens savent bien qu’il n’en est rien. Charles Maurras, bien que sympathisant du maréchal Pétain, a toujours été un germanophobe convaincu, très critique à l’égard du national-socialisme.
C’est pourquoi, j’ai été surpris que le téléfilm d’Yves Boisset, dans son souci d’objectivité historique, ne fasse pas mention de ces informations ô combien importantes pour comprendre la complexité de l’Histoire.
Ainsi me demandais-je s’il s’agissait d’un simple oubli ou s’il y avait là une volonté délibérer de la part des auteurs du téléfilm de réduire l’histoire à un manichéisme des plus sommaire, avec d’un côté des résistants appartenant à la gauche et de l’autre des collaborationnistes de droite (cf. Simon Epstein) ?
Bien cordialement,
Flamininus
* Je n'ai pas reçu de réponse à ce courriel pourtant très modéré.
Monsieur,
Je vous écris suite à la diffusion du téléfilm du mardi 14 avril, L'affaire Salengro. Ayant fait des études d'histoire, je tenais tout d’abord à féliciter et à remercier France 2 qui, depuis quelques temps déjà, diffuse des téléfilms historiques de qualité à une heure de grande écoute.
L'affaire Salengro n'échappa pas à la règle. La reconstitution du climat politique, le souci d’objectivé ainsi que le choix des acteurs – à l’exception notable de l’interprète de Léon Daudet, fort peu ressemblant - étaient particulièrement réussis.
Je vous signalerais toutefois une inexactitude ou plutôt un manque d’objectivité perceptible dans les dernières secondes de L’affaire Salengro. En effet, à la fin du téléfilm, une voix off déclare que Charles Maurras fut, après la guerre, reconnu coupable de haute trahison et d’intelligence avec l’ennemi, suggérant ainsi que M. Maurras aurait été un fervent collaborationniste.
Or, les historiens savent bien qu’il n’en est rien. Charles Maurras, bien que sympathisant du maréchal Pétain, a toujours été un germanophobe convaincu, très critique à l’égard du national-socialisme.
C’est pourquoi, j’ai été surpris que le téléfilm d’Yves Boisset, dans son souci d’objectivité historique, ne fasse pas mention de ces informations ô combien importantes pour comprendre la complexité de l’Histoire.
Ainsi me demandais-je s’il s’agissait d’un simple oubli ou s’il y avait là une volonté délibérer de la part des auteurs du téléfilm de réduire l’histoire à un manichéisme des plus sommaire, avec d’un côté des résistants appartenant à la gauche et de l’autre des collaborationnistes de droite (cf. Simon Epstein) ?
Bien cordialement,
Flamininus
* Je n'ai pas reçu de réponse à ce courriel pourtant très modéré.
Megavixens
Ci-dessous une critique de film plutôt en décalage avec le ton habituel du bleaugue :
Megavixens est le dernier opus de la trilogie Vixens et le plus osé (superlatif « méga »). Mélange d'humour, de violence et de sexe, le film est un cocktail d'originalité. Russ Meyer, le fantasque et controversé réalisateur, joue sur la provocation (descendance d'Hitler). Cette volonté subversive de mêler nazisme et érotisme le place du côté des réalisateurs intellectuels et du cinéma expérimental à la Godard, d'où la marginalisation de son œuvre. Megavixens, ovni cinématographique, passe donc de l'érotisme psychédélique à la tragédie eschylienne.
Ce qu'il y a de génial, c'est d'abord le côté jubilatoire du film. Malgré une intrigue quasi inexistante (enquête), il n'y a aucun temps mort et l'action est détonante. Des références cinéphiliques précisent (Psychose, Massacre à la tronçonneuse, etc.), une savante déconstruction narrative tournée vers un cinéma élitiste à la Resnais et un univers absurde plus décapant que les Monty Python font de ce long métrage une exception. C'est précisément cette singularité qui autorise le choix d'une pleine et entière liberté artistique à l'image des décors kitchissimes dignes de Barbarella. Meyer est arrivé à conceptualiser la vision sous LSD (couleurs criardes), d'où la démesure perpétuelle émanant de nombreuses scènes.
Bijou de causticité et de cynisme, ce film est un véritable kaléidoscope qui réussi paradoxalement à décrypter objectivement les relations humaines via l’absurde. Opéra baroque aux accents wagnérien, la musique est formidable et elle colle à la perfection à ce monde de nymphomanes et de meurtriers - frissons, sueurs froides. Meyer désacralise le cinéma dans l'Amérique puritaine (idéalisation de la mère).
Raven de la Croix, l'actrice centrale, est elle aussi un atout de poids à ce film d'exception. Au-delà de son charme ravageur, de ses formes généreuses et des scènes très abandonnées, la trouble personnalité de la mystérieuse enquêtrice qu'elle interprète contribue grandement au succès du film. C'est un peu le Dr Jekyll et Mister Hyde version post-moderne. Chaste voire prude et quasi Sainte en plein jour, Margo, son personnage, attend la nuit pour réaliser les fantasmes qu'elle avait imaginé : orgies au grand air, plaisirs séculaires et strip-teases au bastringue conduisant à une explosion des sens et à un délire orgasmique.
Vibrant plaidoyer pour un retour à la nature prôné par Thoreau, ce film se caractérise également par la place accordée aux joies simples de la vie en forêt : balades près d’impétueux torrents montagnards et solitude monastique. Pour terminer, les pincés d 'humour parodique et l'autodérision distillées au fil des séquences à travers les stéréotypes renforcent l'idée que la réalisation oscille entre l’intellectualisme révolutionnaire d'un Fellini et la loufoquerie de Jerry Lewis.
Megavixens est le dernier opus de la trilogie Vixens et le plus osé (superlatif « méga »). Mélange d'humour, de violence et de sexe, le film est un cocktail d'originalité. Russ Meyer, le fantasque et controversé réalisateur, joue sur la provocation (descendance d'Hitler). Cette volonté subversive de mêler nazisme et érotisme le place du côté des réalisateurs intellectuels et du cinéma expérimental à la Godard, d'où la marginalisation de son œuvre. Megavixens, ovni cinématographique, passe donc de l'érotisme psychédélique à la tragédie eschylienne.
Ce qu'il y a de génial, c'est d'abord le côté jubilatoire du film. Malgré une intrigue quasi inexistante (enquête), il n'y a aucun temps mort et l'action est détonante. Des références cinéphiliques précisent (Psychose, Massacre à la tronçonneuse, etc.), une savante déconstruction narrative tournée vers un cinéma élitiste à la Resnais et un univers absurde plus décapant que les Monty Python font de ce long métrage une exception. C'est précisément cette singularité qui autorise le choix d'une pleine et entière liberté artistique à l'image des décors kitchissimes dignes de Barbarella. Meyer est arrivé à conceptualiser la vision sous LSD (couleurs criardes), d'où la démesure perpétuelle émanant de nombreuses scènes.
Bijou de causticité et de cynisme, ce film est un véritable kaléidoscope qui réussi paradoxalement à décrypter objectivement les relations humaines via l’absurde. Opéra baroque aux accents wagnérien, la musique est formidable et elle colle à la perfection à ce monde de nymphomanes et de meurtriers - frissons, sueurs froides. Meyer désacralise le cinéma dans l'Amérique puritaine (idéalisation de la mère).
Raven de la Croix, l'actrice centrale, est elle aussi un atout de poids à ce film d'exception. Au-delà de son charme ravageur, de ses formes généreuses et des scènes très abandonnées, la trouble personnalité de la mystérieuse enquêtrice qu'elle interprète contribue grandement au succès du film. C'est un peu le Dr Jekyll et Mister Hyde version post-moderne. Chaste voire prude et quasi Sainte en plein jour, Margo, son personnage, attend la nuit pour réaliser les fantasmes qu'elle avait imaginé : orgies au grand air, plaisirs séculaires et strip-teases au bastringue conduisant à une explosion des sens et à un délire orgasmique.
Vibrant plaidoyer pour un retour à la nature prôné par Thoreau, ce film se caractérise également par la place accordée aux joies simples de la vie en forêt : balades près d’impétueux torrents montagnards et solitude monastique. Pour terminer, les pincés d 'humour parodique et l'autodérision distillées au fil des séquences à travers les stéréotypes renforcent l'idée que la réalisation oscille entre l’intellectualisme révolutionnaire d'un Fellini et la loufoquerie de Jerry Lewis.
mardi 8 décembre 2009
Sociologie de l'anti-monde
Comme t’y es belle ou l’illustration de la crise civilisationnelle.
Cinéphile, je me suis décidé, un dimanche soir, à regarder Comme t’y es belle, le film de Lisa Azuelos. Sachant que j’avais réussi à visionner jusqu’au bout des films tels que Le retour des tomates géantes, je pensais être préparé à tout. D’autant que je ne m’attendais pas à du Fritz Lang ou à un chef-d’œuvre façon Orson Welles, mais bien plutôt à une gentille petite comédie divertissante.
Au final, il m’a fallu bien du courage pour tenir 45 minutes. Cet objet audiovisuel, fabriqué comme un mauvais clip, illustre en fait à merveille le pire du monde moderne*. Les individus y sont égoïstes et superficiels et les dialogues sont d’une niaiserie indicible. Le spectateur plonge en plein dans l’anti-monde, à mi-chemin du microcosme parisien et du magazine féminin. C’est l’univers de la Jet-Set vu à travers les yeux d’une féministe à la mentalité d’acnéique.
Les scènes reflètent le mal être d’une société en manque de repères où Michel Laroque interprète une héroïne à la Carrie Bradshaw de Sex and the city. Elle préfère délaisser ses enfants pour une aventure d’un soir sous le prétexte fallacieux de libération de la femme. Mais le spectateur n’est pas dupe : il voit poindre le vide existentiel du personnage derrière son bonheur affiché. Nous sommes ici en plein dans l’ère de la pétasse revendiquée, du droit à la médiocrité.
Au-delà de la psychologie de l’insignifiance inhérente aux diverses scènes, cette fiction reste une œuvre de propagande pro-mai 68. Elle prône l’égotisme et les mœurs débridées au service de la société de consommation et du jouir sans entrave. Une néomère refuse, par exemple, d’emmener sa fille à l’école parce qu’elle est en train de se faire épiler. Conséquemment, les enfants, privés de l’amour de leurs parents, deviennent des drogués du portable et passent leur soirée sur MSN, ce qui semble laisser de marbre voire amuser la réalisatrice.
La vision qu’à cette dernière de l’amour est toute autant déplorable. Le verbe plus racaillocompatible de kiffer se substitue d’ailleurs à celui sans doute trop réactionnaire d’aimer. Le terme anglais love est aussi employé, dédramatisant ainsi la gravité induite par le mot français. Quand au romantisme, parlons-en. Des tendres paroles des amants d’antan, il ne reste rien. La bêtise des phrases des poètes élégiaques des temps modernes en témoigne. Jugez plutôt : le futur-ex-copain d’une des héroïnes lui envoie le SMS suivant “Ce soir je te dérouille” pour lui signifier son amour. Ou se dialogue entre la même fille et une amie : “Je suis en pleine ovulation, j’ai trop envie de baiser !”. Magnifique, non ?
Passons également sur les incohérences du scénario (juifs et musulmans non-assimilés s’entendent comme larrons en foire) pour nous concentrer sur le racisme anti-français distillé insidieusement par ce film. Exemple (s) : l’une des quatre héroïnes juives avoue envier ses parents qui sont en Israël tandis qu’elle, la pauvre, est obligée de rester à Paris. Ou encore la crise de la mère juive lorsqu’elle croit que l’un de ses enfants vit avec un goy. Que n’entendrions-nous pas si l’inverse avait été filmé !
L’anormalité est a priori devenue la norme pour Lisa Azuelos. L’unique femme qui représente la normalité, c’est-à-dire une femme mariée, fidèle et qui aime ses enfants, est dépeinte de manière peu glorieuse. Le message du film revient à dire que la femme au foyer est l’esclave de son mari (ici ayant les traits d’un gros con de type supporter de football avec une bière à la main), frustrée de ne pas jouir. Fort heureusement, ses copines décomplexées vont lui ouvrir les portes du bonheur éternel : 1) ses adulescentes d’amies la poussent à tromper son mari avec le beau père divorcé qui gardait ses filles 2) elles lui font l’éloge de ses plus bas instincts. Cette scène se déroule bien entendu dans un restaurant où les quatre amies se retrouvent autour d’un menu diététique, symbole de leur aliénation à la modélisation véhiculée par la société de consommation où l’individu n’est qu’un être unidimensionnel pour paraphraser Marcuse.
La superficialité est donc de mise dans cet univers qui frôle l’hystérie collective. Ainsi l’individu, éternel narcissique émerveillé par le sacro-saint Marché, est-il contrôlé par le néolibéralisme qui tente de briser la famille pour faciliter son développement. Pourtant, comme on l’entend avec la chanson de Voulzy dans la bande-son, désir+plaisir = souffrance. Voilà bien ce que devient la pseudo-libération sexuelle de l’idéologie libérale-libertaire, une souffrance. Comme t’y es belle est donc un “film” à éviter, sauf pour le masochiste ou l’étudiant qui prépare une thèse sur la décadence du monde moderne.
* Le personnage interprété par Michel Laroque veut se pacser avec sa femme de ménage, une étrangère en situation irrégulière, pour qu’elle puisse continuer de travailler à son salon de beauté pendant qu’icelle s’occupe de ses enfants.
Cinéphile, je me suis décidé, un dimanche soir, à regarder Comme t’y es belle, le film de Lisa Azuelos. Sachant que j’avais réussi à visionner jusqu’au bout des films tels que Le retour des tomates géantes, je pensais être préparé à tout. D’autant que je ne m’attendais pas à du Fritz Lang ou à un chef-d’œuvre façon Orson Welles, mais bien plutôt à une gentille petite comédie divertissante.
Au final, il m’a fallu bien du courage pour tenir 45 minutes. Cet objet audiovisuel, fabriqué comme un mauvais clip, illustre en fait à merveille le pire du monde moderne*. Les individus y sont égoïstes et superficiels et les dialogues sont d’une niaiserie indicible. Le spectateur plonge en plein dans l’anti-monde, à mi-chemin du microcosme parisien et du magazine féminin. C’est l’univers de la Jet-Set vu à travers les yeux d’une féministe à la mentalité d’acnéique.
Les scènes reflètent le mal être d’une société en manque de repères où Michel Laroque interprète une héroïne à la Carrie Bradshaw de Sex and the city. Elle préfère délaisser ses enfants pour une aventure d’un soir sous le prétexte fallacieux de libération de la femme. Mais le spectateur n’est pas dupe : il voit poindre le vide existentiel du personnage derrière son bonheur affiché. Nous sommes ici en plein dans l’ère de la pétasse revendiquée, du droit à la médiocrité.
Au-delà de la psychologie de l’insignifiance inhérente aux diverses scènes, cette fiction reste une œuvre de propagande pro-mai 68. Elle prône l’égotisme et les mœurs débridées au service de la société de consommation et du jouir sans entrave. Une néomère refuse, par exemple, d’emmener sa fille à l’école parce qu’elle est en train de se faire épiler. Conséquemment, les enfants, privés de l’amour de leurs parents, deviennent des drogués du portable et passent leur soirée sur MSN, ce qui semble laisser de marbre voire amuser la réalisatrice.
La vision qu’à cette dernière de l’amour est toute autant déplorable. Le verbe plus racaillocompatible de kiffer se substitue d’ailleurs à celui sans doute trop réactionnaire d’aimer. Le terme anglais love est aussi employé, dédramatisant ainsi la gravité induite par le mot français. Quand au romantisme, parlons-en. Des tendres paroles des amants d’antan, il ne reste rien. La bêtise des phrases des poètes élégiaques des temps modernes en témoigne. Jugez plutôt : le futur-ex-copain d’une des héroïnes lui envoie le SMS suivant “Ce soir je te dérouille” pour lui signifier son amour. Ou se dialogue entre la même fille et une amie : “Je suis en pleine ovulation, j’ai trop envie de baiser !”. Magnifique, non ?
Passons également sur les incohérences du scénario (juifs et musulmans non-assimilés s’entendent comme larrons en foire) pour nous concentrer sur le racisme anti-français distillé insidieusement par ce film. Exemple (s) : l’une des quatre héroïnes juives avoue envier ses parents qui sont en Israël tandis qu’elle, la pauvre, est obligée de rester à Paris. Ou encore la crise de la mère juive lorsqu’elle croit que l’un de ses enfants vit avec un goy. Que n’entendrions-nous pas si l’inverse avait été filmé !
L’anormalité est a priori devenue la norme pour Lisa Azuelos. L’unique femme qui représente la normalité, c’est-à-dire une femme mariée, fidèle et qui aime ses enfants, est dépeinte de manière peu glorieuse. Le message du film revient à dire que la femme au foyer est l’esclave de son mari (ici ayant les traits d’un gros con de type supporter de football avec une bière à la main), frustrée de ne pas jouir. Fort heureusement, ses copines décomplexées vont lui ouvrir les portes du bonheur éternel : 1) ses adulescentes d’amies la poussent à tromper son mari avec le beau père divorcé qui gardait ses filles 2) elles lui font l’éloge de ses plus bas instincts. Cette scène se déroule bien entendu dans un restaurant où les quatre amies se retrouvent autour d’un menu diététique, symbole de leur aliénation à la modélisation véhiculée par la société de consommation où l’individu n’est qu’un être unidimensionnel pour paraphraser Marcuse.
La superficialité est donc de mise dans cet univers qui frôle l’hystérie collective. Ainsi l’individu, éternel narcissique émerveillé par le sacro-saint Marché, est-il contrôlé par le néolibéralisme qui tente de briser la famille pour faciliter son développement. Pourtant, comme on l’entend avec la chanson de Voulzy dans la bande-son, désir+plaisir = souffrance. Voilà bien ce que devient la pseudo-libération sexuelle de l’idéologie libérale-libertaire, une souffrance. Comme t’y es belle est donc un “film” à éviter, sauf pour le masochiste ou l’étudiant qui prépare une thèse sur la décadence du monde moderne.
* Le personnage interprété par Michel Laroque veut se pacser avec sa femme de ménage, une étrangère en situation irrégulière, pour qu’elle puisse continuer de travailler à son salon de beauté pendant qu’icelle s’occupe de ses enfants.
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