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mercredi 27 janvier 2010

Considérations sur la nation

« Nous sommes Français de France nés d'un même ventre. » Cette phrase de l'abbé Suger montre la longue durée du sentiment national en France. L'illustre conseiller de Louis VI et Louis VII avait bien identifié ce qu'on nomme aujourd'hui par le mot nation. L'identité française, loin d'être une fondation innée, un dessein divin, un « machin » tombé du ciel, est comme l'a très expliqué Colette Beaune dans son livre Histoire de la nation France, une lente, longue et difficile construction.

Une construction tant spirituelle, on connaît à ce sujet la phrase de Joseph de Maistre : « Les évêques ont fait la France comme les abeilles font la ruche », qu'intellectuelle (c'est Jean Bodin qui jette les bases l'indépendance nationale à travers son livre De la Souveraineté), sans oublier, ce que beaucoup de politiques laissent de côté, que la nation est une réalité physique (géographie, relief, urbanisme et ruralité). Ce qu'occulte aussi les membres de l'intelligentsia, c'est que la France, comme toute nation, s'est construite par le sang, la souffrance et les larmes. Nul pays ne s'est constitué par la paix, mais par la guerre, c'est-à-dire par une commune volonté de puissance d'un même peuple à vivre-ensemble, sur un territoire donné, selon une Tradition définie.

L'Histoire en tant que discipline est, par la suite, l'instrument structurant du roman national pour paraphraser Michelet. Elle sert à l'unité du pays, à l'édification d'un sentiment d'appartenance, soit à faire de bons petits soldats de la nation. Ce sont des évènements paradigmatiques tels le dimanche de Bouvines qui forment les lignes-forces de ce roman national. Cette stratégie fut reprise par l'école de la République. Or, la République jacobine a entraîné la virtualisation de la vieille maison France. C'est ce qu'on peut désigner par la formule « nation-contrat. » D'où une perversion de l'ancien modèle fondé sur le concret et des valeurs d'airain.

Ainsi avant que la nation-contrat, issue de l'idéologie des Lumières, ne domine le monde et les imaginaires, la nation avait indéniablement un ancrage au réel. Dans un article de l'Action Française, un docteur en Sciences politiques parle alors de nation-héritage. C'était une conception barrésienne avant l'heure, la Terre et les Morts. La première conception est apparue avec la Révolution sans plus céder sa place depuis tandis que la seconde est morte, sauf dans l'esprit de quelques irréductibles, présent dans le cœur des vivants comme disait Malraux. La nation devenue une entité, une abstraction, un être désincarné, avait ainsi besoin de fanatiser ses citoyens par l'idéologie pour remplacer l'ancienne patrie charnelle dont l'amour qu'on lui portait était évident, instinctif, innéique.

vendredi 8 janvier 2010

La République, voilà l'ennemi !

Avez-vous remarqué comment les termes « France » et « République » sont, en ces temps de misère intellectuelle, amalgamés ? Journalistes, politiques, citoyens engagés… Juste un rappel : la République n’est qu’un système politique. Elle est née avec le génocide vendéen. Elle a 200 ans. La France, c’est 1500 ans au minimum. Quelques belles et/ou éclairantes citations :

« Allons chercher l'ennemi : si je recule, tuez-moi ; si j'avance, suivez-moi ; si je meurs, vengez-moi. » Henri de La Rochejaquelein (1772-1794), 20 ans, aux paysans vendéens qui vinrent le supplier de se mettre à leur tête pour combattre l'hydre révolutionnaire.

Le ligueur d'Action Française devait prêter serment, il s'agissait d'un engagement contraignant qui le distinguait du simple « allié » ou sympathisant :

« Français de naissance et de cœur, de raison et de volonté, je remplirai tous les devoirs d'un patriote conscient. Je m'engage à combattre tout régime républicain. La République en France est le règne de l'Étranger*… »

L'abbé Guillaume de Tanoüarn, maurassien revendiqué et ancien de la FSSPX : « L'Action française n'est pas un parti. (...) Être d'Action française, c'est être français de toute sa conscience, c'est réaliser de toutes les consciences un héritage mental, moral et spirituel que nous n'avons pas choisi. »


* Le terme Étranger ne renvoie pas ici à une conception raciste. Explication de Jean Madiran qui fut le secrétaire particulier de Charles Maurras : « Selon un adage qui fut célèbre mais qui est bien oublié, un adage de Maurras, « la République en France est le règne de l’Etranger ». Il n’a pas dit : « des étrangers ». Son Étranger majusculaire n’est pas forcément ethnique, c’est une notion globale, désignant ce qui est étranger à l’identité française, ce sont des idées, des mœurs, des coutumes, des arts : ils peuvent être le fait d’individus et de groupes tous français. On peut commencer alors à comprendre, ou du moins à entrevoir, que la République recouvre l’identité française par des philosophies, des mœurs, des lois qui sont hétérogènes à cette identité. Elles lui sont étrangères, avec une plus ou moins grande incompatibilité selon les cas. »

vendredi 1 janvier 2010

Les dangers de l'islam

« …cette "sous-culture américaine", pour la première fois dénoncée par les néo-marxistes de l’école de Francfort dans les années 50, est beaucoup moins dangereuse que l’islamisme mental qui s’installe en Europe et, d’une manière générale, que la vision-du-monde musulmane.

La première raison est que cette vision-du-monde musulmane est au sens propre (et non péjoratif) "totalitaire", car elle s’adresse à toute la société, des élites aux classes populaires, des cultivés aux incultes, sans distinction. En revanche, la "sous-culture de masse" américaine ne touche que ceux qui veulent y succomber. Elle est puissante, certes, mais purement distractive.

La seconde raison découle de la première : la vision-du-monde musulmane englobe tous les aspects de la vie, spirituels, intellectuels, matériels. Elle a réponse à tout. Elle forme autour d’un individu un carcan d’où le libre-arbitre est exclu. Elle est donc profonde puisqu’elle enracine ses dogmes au plus profond de l’âme, à la manière du marxisme mais en beaucoup plus lourd et prégnant puisque la dimension divine est omniprésente.

Au contraire, l’américanisation mentale n’entame pas les ressorts profonds de l’individu, ne formule pas de prescriptions sociales et philosophiques. Elle est désordonnée et pelliculaire. Elle ressemble à une crasse qui se dépose et qu’on peut nettoyer, tandis que l’imprégnation par l’islam ressemble davantage à ces taches d’encre ou de sang indélébiles qui traversent le tissu de part en part.

Le caractère "non létal" de la sous-culture américanomorphe, en dépit de son déploiement planétaire, tient à sa superficialité, à sa bêtise même, à son désordre intrinsèque. Elle rend les imbéciles plus imbéciles encore sans atteindre, ou très peu, les élites vives. Elle ne porte pas de message, de vision-du-monde cohérente, elle se limite aux flashes de l’audiovisuel.

En revanche, l’épandage de la vision-du-monde islamique a des conséquences beaucoup plus graves. Elle n’est ni bête, ni superficielle, mais simpliste. Manichéenne et binaire (le Bien et le Mal en tout), elle enferme la pensée dans une sorte de camisole de force d’où tout doute, toute expérience, toute liberté de jugement, toute curiosité sont confortablement exclus.

Le raisonnement est proscrit au profit du dogme et de la gnose. D’où l’impossibilité de véritables créations de l’esprit, remplacées par la satellisation mentale autour du Coran et des Hadiths, les fameux textes sacrés, longs matraquages d’affirmations et d’imprécations sans discussion possible ; ce qui fait que les esprits pris dans ce piège se retrouvent comme des ânes tournant autour du piquet auquel ils sont attachés.

Rien de tel avec l’américanisation mentale, qui reste au niveau de la mode. Or, tout ce qui est mode se démode. L’américanisation culturelle est du chiendent, facilement arrachable, qui n’altère pas la fertilité de la terre ; l’islamisation, de la pollution qui s’infiltre et qui transforme le sol fertile en stérile désert. »

Guillaume Faye, Le coup d’État mondial, AE L’Aencre, 2004, p.123-124.

jeudi 24 décembre 2009

Pro rege saepe, pro patria semper

Liste non-exhaustive des réformes du roy Louis XVI, assassiné le 21 janvier 1793 :

« Louis XVI décida de soulager son peuple, en le dispensant du « droit de joyeux avènement », impôt perçu à chaque changement de règne.
Louis XVI créa le corps des pompiers.
Louis XVI autorisa l’installation de pompes à feu, pour approvisionner Paris en eau de manière régulière...
Louis XVI créa un mont-de-piété à Paris pour décourager l’usure et venir en aide aux petites gens.
Louis XVI décida d’aider l’abbé de l‘Epée dans son oeuvre pour l’éducation des « Sourds-muets sans fortune » auxquels il enseignait un langage par signes de son invention.
Louis XVI dota l’école de Valentin Hauÿ pour les aveugles.
Louis XVI donna aux femmes mariées et aux mineurs de toucher eux-mêmes leurs pensions sans demander l’autorisation de leur mari ou tuteur.
Louis XVI ordonna aux hôpitaux militaires de traiter les blessés ennemis « comme les propres sujets du Roi », 90 ans avant la première Convention de Genève.
Louis XVI fit abolir le servage et la mainmorte dans le domaine royal, et le droit de suite qui permettait aux seigneurs de faire poursuivre les serfs ou mainmortables qui quittaient leur domaine.
Louis XVI ordonna l’abolition de la question préparatoire et préalable (torture).
Louis XVI accorda le premier le droit de vote aux femmes dans le cadre de l’élection des députés de l’assemblée des Etats-Généraux.
Louis XVI fit construire à ses frais des infirmeries « claires et aérées » dans les prisons.
Louis XVI s’inquiéta du sort qui était réservé aux prisonniers détenus en préventive de par leur inculpation, avant leur procès. Par ailleurs, il décida de leur accorder une indemnité ainsi qu’un droit d’annonce dans le cas où leur innocence serait reconnue lors de leur procès.
Louis XVI supprima de très nombreuses charges de la maison du Roi (plus d’un tiers).
Louis XVI permit aux femmes d’accéder à toutes les maîtrises.
Louis XVI finança tous les aménagements de l’Hôtel-Dieu pour que chaque malade ait son propre lit individuel.
Louis XVI employa le premier l’expression de « justice sociale. »
Louis XVI fonda un hôpital pour les enfants atteints de maladies contagieuses, aujourd’hui nommé Hôpital des Enfants-Malades.
Louis XVI créa le Musée des Sciences et Techniques, futur centre national des Arts et Métiers.
Louis XVI fonda l’école des Mines.
Louis XVI finança également les expériences de Jouffroy d’Abbans pour l’adaptation de la machine à vapeur à la navigation. »

Réformes extraites de l’ouvrage de Jean-Christian Petitfils, Louis XVI.

mardi 22 décembre 2009

De la Contre-Révolution

Toute la pensée contre-révolutionnaire dans ces lignes :

« Nous ne sommes pas les adeptes de Rousseau, ni les disciples de Voltaire ; Helvétius n’a pas fait fortune parmi nous. Des athées ne sont pas nos prédicateurs, ni des fous nos législateurs. Nous savons que nous n’avons pas fait de découvertes, et nous croyons qu’il n’y a pas de découvertes à faire en morale, ni beaucoup dans les grands principes de gouvernement, ni dans les idées sur la liberté, qui longtemps avant que nous fussions au monde, étaient aussi bien connus qu’ils le seront lorsque la terre aura couvert notre présomption, ou que la tombe silencieuse aura fait taire notre babil inconsidéré.

En Angleterre nous n’avons pas encore été dépouillés de nos entrailles naturelles; nous sentons encore en dedans de nous; nous chérissons et nous cultivons ces sentiments dans leur pureté native, non sophistiqués par le pédantisme ni par l’infidélité. Nous avons de véritables cœurs de chair et de sang qui battent dans notre sein. Nous craignons Dieu, nous élevons avec respect nos regards vers les rois, avec affection vers les parlements, avec déférence vers les magistrats, avec révérence vers les prêtres, et avec respect vers la noblesse. Pourquoi ? Parce que quand de telles idées se présentent à nos yeux, il est naturel d’être ainsi affecté parce que tous les autres sentiments sont faux et factices et qu’ils tendent à corrompre nos esprits, à vicier les bases de notre morale pour nous rendre incapables de jouir d’une liberté raisonnable, et en nous donnant des leçons d’une insolence servile, licencieuse et dissolue pour faire le vil amusement de quelques jours de fêtes à nous façonner parfaitement pour l’esclavage et à nous en rendre dignes justement et à jamais.

Vous voyez Monsieur que dans ce siècle de lumières je suis assez courageux pour avouer que nous sommes généralement les hommes de la nature ; qu’au lieu de secouer tous nos vieux préjugés, nous les aimons au contraire beaucoup ; et pour nous attirer encore plus de honte, je vous dirai que nous les aimons, parce qu’ils sont des préjugés ; et que plus ils ont régné, plus leur influence a prévalu, plus nous les aimons. »

Edmund Burke, Réflexions sur la révolution de France.

La Révolution et l'Ancien Régime

« La révolution française a opéré, par rapport à ce monde [chrétien], précisément de la même manière que les révolutions religieuses agissent en vue de l'autre ; elle a considéré le citoyen d'une façon abstraite, en dehors de toutes les sociétés particulières, de même que les religions considèrent l'homme en général, indépendamment du pays et du temps. Elle n'a pas recherché seulement quel était le droit particulier du citoyen français, mais quels étaient les devoirs et les droits généraux des hommes en matière politique.

C'est en remontant toujours ainsi à ce qu'il y avait de moins particulier, et pour ainsi dire de plus naturel en fait d'état social et de gouvernement, qu'elle a pu se rendre compréhensible pour tous et imitable en cent endroits à la fois.

Comme elle avait l'air de tendre à la régénération du genre humain plus encore qu'à la réforme de la France, elle a allumé une passion que, jusque-là, les révolutions politiques les plus violentes n'avaient jamais pu produire. Elle a inspiré le prosélytisme et fait naître la propagande. Par là, enfin, elle a pu prendre cet air de révolution religieuse qui a tant épouvanté les contemporains ; ou plutôt elle est devenue elle-même une sorte de religion nouvelle, religion imparfaite, il est vrai, sans Dieu, sans culte et sans autre vie. »

Tocqueville, La Révolution et l'Ancien Régime, Chapitre III, p.14-15.

mardi 15 décembre 2009

Nation et grande littérature

Je suis un grand admirateur de Maurice Barrès (tant littérairement que politiquement, malgré mes réserves sur son national-républicanisme). Voici pourquoi :

« À la fin d’une brûlante journée de juin 1914, j’étais assis au bord de l’Oronte dans un petit café de l’antique Hamah, en Syrie. Les roues ruisselantes qui tournent, jour et nuit, au fil du fleuve pour en élever l’eau bienfaisante, remplissaient le ciel de leur gémissement, et un jeune savant me lisait dans un manuscrit arabe une histoire d’amour et de religion… Ce sont de ces heures divines qui demeurent au fond de notre mémoire comme un trésor pour nous enchanter.

Pourquoi me trouvais-je ce jour-là dans cette ville mystérieuse et si sèche d’Hamah, où le vent du désert soulève en tourbillons la poussière des Croisés, des Séleucides, des Assyriens, des Juifs et des lointains Phéniciens ? J’y attendais que fût organisée une petite caravane avec laquelle j’allais parcourir les monts Ansariehs, pour rechercher dans leurs vieux donjons les descendants des fameux Haschischins. Et ce jeune savant, un Irlandais, chargé par le British Museum des fouilles de Djerablous sur l’Euphrate, une heureuse fortune venait de me le faire rencontrer qui flânait comme moi dans les ruelles du bazar. »

Maurice Barrès, Un jardin sur l’Oronte.

Quand à la vision politique de Maurice Barrès*, elle fût influencée par Le système nerveux central de Jules Soury :

« Je dédie ce livre à la mémoire de mes parents, à ce dont je suis, comme nous le sommes tous, que la continuité substantielle, la pensée et le verbe encore vivants avec leur cortège de gestes, d'habitudes et de réactions héréditaires, qui font que le mort tient le vif et que les caractères propres, ethniques et nationaux, nés de variations séculaires, qui différencient le Français de France de l'étranger, ne sont point des métaphores, mais des phénomènes aussi réels que la matière des éléments anatomiques de nos centres nerveux, les neurones, seuls éléments de notre corps qui, de la naissance à la mort de l'individu, persistent sans proliférer ni se renouveler jamais. »


* Ne pas réduire Maurice Barrès à son discours La Terre et les Morts (la nation comme dynamique continue, cf. étude de Brigitte Krulic), ni à son antisémitisme de circonstance (cf. Les Diverses familles spirituelles de la France).

La dynamique révolutionnaire

Des origines de la Révolution et de son influence sur le monde moderne

La téléologie des Lumières, pour laquelle l’Europe est le phare de l’humanité, fût le terreau des révolutionnaires de 1789 qui balayèrent les identités régionales, par la création des départements. D'où un affaiblissement de l'identité française par un refus de la diversité du substrat national, malgré une administration plus fonctionnelle (règles communes à l'ensemble du territoire). Conséquemment, le sacrifice des régions favorisa le centralisme jacobin, c'est-à-dire l'universalisme contre les particularismes. Parce que l'internationalisme fût un des fondements du programme de l’homo-jacobinus et, fatalement, une invariance de ce qu'on appellera la gauche.

Ainsi les révolutionnaires pensèrent à étendre leur paradigme sur l'ensemble de la planète. Le monde devenait leur terrain de chasse : le déclin était perceptible. Preuve de leur idéologie mortifère, l'internationalisme devînt un impérialisme. Partant de là, le rayonnement culturel français disparu au profit d'une volonté d'extension de la Révolution. Telle une tragédie récursive, la Révolution devait s'imposer au monde parce qu’une révolution tend à l'universel. Marx écrira plus tard que (cf. Révolution de Juillet) : « La nouvelle révolution française sera obligée de quitter aussitôt le terrain national et de conquérir le terrain européen. » Parce que l'influence positive de la France sur l'Europe par les arts se transforma en une domination négative (rejet des idées révolutionnaires), la guerre était inévitable.

La théorie révolutionnaire était donc, par essence, intolérante puisqu'elle excluait l'altérité (ici le droit des nations étrangères à choisir leur régime politique) sous couvert d'émancipation des peuples opprimés par l'aristocratie. Illustration de la perversité de ce système vicié dès l'origine, le génocide vendéen avec ses multiples horreurs. 200 ans plus tard, la même logique est à l'œuvre avec les fameux droits de l'homme, cheval de Troie de l'ingérence des forts sur les faibles au nom du Bien (cf. bombardements humanitaires en Serbie).

L'homo-jacobinus est, par ailleurs, ontologiquement machiavélien. Il détruirait l'humanité pour faire triompher sa croyance. Parce que son système est devenu sa religion : la gauche a remplacé Dieu pour redonner un caractère holistique à la société. Mais Dieu était l'explication de l'inexplicable et sa « mort » produisit, auprès du peuple, ce désenchantement du monde si bien décrit par Marcel Gauchet. En faisant table rase du passé, la Révolution détruisit les valeurs naturelles, ces ombres sacrées chères à Dávila. S'installa alors un clivage droite/gauche totalement absurde entre réactionnaires et révolutionnaires. En effet, la France est une construction sur 1500 ans régit par des lois immanentes, non par une coterie ou une idéologie aussi « belle » soit-elle.

Ainsi le révolutionnaire inventa la Nation (i.e. une-entité-simulacre-de-la-patrie construite contre les lois naturelles) pour souder le peuple français contre l'étranger, c'est-à-dire contre la Sainte-Alliance, ces pays de la vieille Europe qui ne voulait pas mourir. Le nationalisme de détestation est donc de gauche parce que l'attachement à la nation (idée abstraite) se substitua à l'amour charnel de la patrie (autour de la figure du roi). Devenue concept, l'appartenance à la nation perdît son caractère innéique, évident, instinctif. La nation devenait alors un plébiscite de tous les jours, un objet conceptuel dont la critique était désormais possible.

Dans la vision spenglerienne, la Révolution marqua le passage de la culture à la civilisation. Le spirituel fût ainsi annihilé par la toute puissante Raison. D'où le triomphe du matérialisme plus tard pleinement validé par la société de consommation américanomorphe. Le souffle vital de la France, c'est-à-dire sa force créatrice fût brisée par un utilitarisme forcené. C'est en ce sens qu'il faut comprendre le déclin de l'Occident. Parce que le révolutionnaire méprise l'art. Il est une machine incapable de sentir, d'admirer les créations du temps passé, aveuglé par sa pensée mécanique dont l'objectif n'est pas le « Bonheur universel », mais bien de changer l'Homme en profondeur.

La transformation de l’Homme sera ainsi une des constantes de la politique de gauche : de la Révolution française, matrice de la Révolution bolchevique avec ses millions de morts, à l’utopie mondialiste née de la métamorphose de l’internationalisme d’anciens trotskystes (cf. William Kristol, Robert Kagan, etc.) devenus les théoriciens du néoconservatisme états-unien. L’idéologie mondialiste prît donc ses racines dans la pensée de gauche, malgré la profonde influence de l’éthique protestante. D’où l’élimination systématique des opposants, des mal-pensants et des réfractaires au « Monde meilleur » – prémices au Meilleur des mondes. Cette volonté d’un Homme unique ou unidimensionnel pour employer la terminologie marcusienne trouva sa traduction politique dans la promotion de l’égalitarisme, cette perversion du noble concept d’égalité. Alors les identités nationales cédèrent peu à peu leur place à la bouillie amorphe du Village planétaire rêvé par le révolutionnaire.

Néanmoins, la foi inébranlable de ce dernier en un Progrès illimité fût elle-même détruite par les totalitarismes du XXe siècle, ces résurgences du césarisme prophétisé par Spengler. Loin d’être un Sonderweg, une bulle historique, le régime nazi ne fût que l’étape ultime du rationalisme hérité des philosophes du XVIIIe. Il est un aperçu de la finitude de la modernité marchande : les dirigeants nazis, alliés aux ploutocrates, bâtirent une société où le capitalisme atteint sa complétude (cf. le Juif devînt un esclave, cet objet doté de parole pour paraphraser Aristote). La modernité révéla donc ici sa face sombre, destructrice voire démoniaque qu’on n’étudie pas – et pour cause ! – à l’école républicaine.

Au-delà de ce lien entre l’idéologie des Lumières et la politique du IIIe Reich, il existe bien plus encore une filiation entre la Révolution et tous les totalitarismes du XXe siècle. En effet, le désir révolutionnaire de « régénérer la société » est commun à tous ces phénomènes. Telle la novlangue orwelienne, le passage de la théorie à la pratique se révéla funeste : balayer les rêves cosmopolites pour un nationalisme exacerbé, détruit l’idéal humaniste d’une paix entre les Nations au profit d’une animalisation de l’ennemi. Le Bien devenait le Mal et la tolérance laissait la place à un fanatisme dévastateur parce qu’il fallait forger l’« Homme nouveau » à grands coups de marteau. D’où un contrôle de la pensée, une négation de l’homme en tant qu’individu, un endoctrinement systématique et des moyens coercitifs pour ramener à la Raison les récalcitrants. Des méthodes hétérodoxes constitutives de la geste révolutionnaire qui débouchèrent sur la Terreur, c’est-à-dire sur les massacres de masse.

Le livre d’Ernst Nolte, La guerre civile européenne, complémentaire des travaux de l’historien François Furet, montra aussi très bien la réciprocité entre le totalitarisme national-socialiste et son pendant communiste. Le nazisme est lié à la progression du communisme en Europe. Il en est le contre-feu : le lien causal (ou nexus causal) dévoila la parenté évidente entre ces deux phénomènes, visages différents d’un même totalitarisme. Le nazisme copia les méthodes du communisme pour le combattre. D’où la volonté d’instaurer un état omnipotent incarné par un chef unique et sacralisé, la répression policière et culturelle et la logique exterminatrice. Le communisme était ainsi la cible à détruire et le modèle à imiter pour les nazis. « La relation dialectique entre communisme et fascisme est au centre des tragédies du siècle » pour reprendre la phrase de François Furet, ce qui explique les relations ambiguës des deux systèmes : hostilité mutuelle, mais pacte Germano-Soviétique. Le programme des deux totalitarismes se rapprochait dans une commune volonté d’anéantir la liberté au nom de la construction d’un Homme nouveau. D’où le crime de masse comme acte fondateur, comme code génétique, bien qu’il y ait accomplissement du programme d’un côté (nazisme et élimination des ennemis désignés) et trahison des promesses de l’autre (utopie communiste contre praxis bolchevique avec la violence au nom du Bien).

Au-delà de ces « considérations réactionnaires », la Révolution - et son avatar la République - imposa son universalisme impérialiste à travers les droits-de-l’hommisme. Cet idéal conduisit plus tard les thuriféraires des « valeurs républicaines », accompagnés d’un ethnomasochisme induit par l’aventure coloniale (elle-même réalisation de la République), à prôner l’accueil à l’Autre. D’où un éloge forcené de la diversité, puis du métissage - deux notions antagonistes. La diversité consiste à respecter les particularismes tandis que le métissage en est la négation. Le concept très en vogue du métissage s’oppose, par conséquent, à ce que le philosophe romantique Herder appelait le volkgeist, c’est-à-dire la génie national. Il conduirait logiquement à un monde indifférencié où les individus seraient interchangeables. L’humanité perdrait donc toute sa saveur, sa richesse, puisque les particularismes inhérents à tous les peuples seraient dilués dans une cosmocratie où l’Autre deviendrait un autre soi-même.

Ainsi la xénophilie hystérique (« amour de l’Autre »), produit d’une efficace et intense auto-culpabilisation (cf. La Tyrannie de la pénitence, Pascal Bruckner), fût-elle l’indice originel du mal profond de la civilisation européenne. En effet, un peuple dont la prégnance nécessaire de la chaleur maternelle du préjugé (sa force en lui-même, sa fierté atavique) a disparu, un peuple dont l'instinct vital fut anémié, anesthésié, vidé de sa substance est un peuple faible sur le chemin de la perdition, un peuple en pleine décadence. D’autant que la contre-colonisation de l’Europe par une immigration afro-musulmane (l’armée de réserve du capital selon Marx et le nouvel électeur de la gauche révolutionnaire) menace : « Un jour, des millions d’hommes quitteront l’hémisphère sud pour aller dans l’hémisphère nord. Et ils n’iront pas là-bas en tant qu’amis. Parce qu’ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire. »

De cette déclaration d'Houari Boumédiène, l'ex-président algérien de 1965 à 1978, transparaît l'ambition schizophrénique des allogènes (aidés par les ploutocrates mondialisés devant faire pression sur les salaires), c'est-à-dire leur volonté d'échapper à la misère, tout en faisant payer à la France, et plus globalement à l'Europe, la colonisation de l'Afrique. Le droit du sol, défini dans L’Esprit des Lois comme une « aberration qui consiste à croire qu’un cheval qui naît dans une étable est une vache » ainsi que le regroupement familial made in Giscard d’Estaing et l’intégration à la française (dérèglement de l’assimilation) accélèrent considérablement le processus si bien qu'en ce début de XXI siècle, la France subit une crise systémique.

D'où une augmentation spectaculaire de l'insécurité, un réveil des crispations identitaires, une déséducation alarmante chez les jeunes et un colossal effort socioéconomique. Devant cette dépression globale, les humanistes de supermarché, ces rossignols du carnage, tiennent des discours d'un extrême pessimisme sur l’état de la France. Ils sont désespérés, victimes de leur propre idéologie. Aussi devraient-ils méditer cette phrase de Bossuet : « Dieu se rit de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. »

La République est, par ailleurs, devenue théocratique puisqu'elle imposa un nouveau et très actif catéchisme avec la sacralisation des droits de l'homme perçus comme l'alpha et l'omega. D'où une impossible critique de cette idéologie. Corollairement à ce catéchisme auquel les évêques se rallièrent à la suite du IIe concile oecuménique du Vatican (1962), l'assistance aux pauvres se sécularisa par l'OPA de la République. Ainsi la Solidarité supplanta l'ancienne Charité, cette vertu théologale. Le lointain (clandestin) remplaça le prochain (natif). D'où une exhortation des clercs à violer la loi : le prétexte humanitaire vînt ici légitimer leur action. Pour un état de droit comme la France doté d'un régime démocratique, cette transgression de la loi dont la normalisation (au sens barthésien) est à la mode, cette attitude de la prêtraille humanitaire, est véritablement scandaleuse et même inacceptable - et les bons sentiments n'y changent rien : la religion n'invite pas à désobéir à la loi. Au contraire.

Aussi l'individu, aliéné par le système médiatique à la solde des puissances de l'argent, et plus simplement du mondialisme, fût-il assuré du bien fondé de son action de désobéissance citoyenne. Il ne put concevoir que le monde était complexe et non-manichéen. Il ne put se défaire de son paradigme bisounoursesque. D'où la collision brutale entre le camp du Bien et les pays dont les dirigeants n'ont pas renoncé à défendre les intérêts de leur nation, et ce même cyniquement. En effet, le politique n'a pas vocation à être moral. C'est la grande leçon de Machiavel dans son maître-ouvrage, Le Prince, destiné à parfaire l'éducation d'un souverain.

Pour bien illustrer la nature pernicieuse des hérauts du républicanisme triomphant, je citerais pour terminer l'un de leurs plus brillants inspirateurs, Jean-Jacques Rousseau, qui dans Emile ou De l'éducation écrivait ceci : « Méfiez-vous de ces cosmopolites qui vont, au loin, chercher des devoirs qu'ils dédaignent chez eux. Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d'aimer ses voisins. »