mardi 22 décembre 2009

De la Contre-Révolution

Toute la pensée contre-révolutionnaire dans ces lignes :

« Nous ne sommes pas les adeptes de Rousseau, ni les disciples de Voltaire ; Helvétius n’a pas fait fortune parmi nous. Des athées ne sont pas nos prédicateurs, ni des fous nos législateurs. Nous savons que nous n’avons pas fait de découvertes, et nous croyons qu’il n’y a pas de découvertes à faire en morale, ni beaucoup dans les grands principes de gouvernement, ni dans les idées sur la liberté, qui longtemps avant que nous fussions au monde, étaient aussi bien connus qu’ils le seront lorsque la terre aura couvert notre présomption, ou que la tombe silencieuse aura fait taire notre babil inconsidéré.

En Angleterre nous n’avons pas encore été dépouillés de nos entrailles naturelles; nous sentons encore en dedans de nous; nous chérissons et nous cultivons ces sentiments dans leur pureté native, non sophistiqués par le pédantisme ni par l’infidélité. Nous avons de véritables cœurs de chair et de sang qui battent dans notre sein. Nous craignons Dieu, nous élevons avec respect nos regards vers les rois, avec affection vers les parlements, avec déférence vers les magistrats, avec révérence vers les prêtres, et avec respect vers la noblesse. Pourquoi ? Parce que quand de telles idées se présentent à nos yeux, il est naturel d’être ainsi affecté parce que tous les autres sentiments sont faux et factices et qu’ils tendent à corrompre nos esprits, à vicier les bases de notre morale pour nous rendre incapables de jouir d’une liberté raisonnable, et en nous donnant des leçons d’une insolence servile, licencieuse et dissolue pour faire le vil amusement de quelques jours de fêtes à nous façonner parfaitement pour l’esclavage et à nous en rendre dignes justement et à jamais.

Vous voyez Monsieur que dans ce siècle de lumières je suis assez courageux pour avouer que nous sommes généralement les hommes de la nature ; qu’au lieu de secouer tous nos vieux préjugés, nous les aimons au contraire beaucoup ; et pour nous attirer encore plus de honte, je vous dirai que nous les aimons, parce qu’ils sont des préjugés ; et que plus ils ont régné, plus leur influence a prévalu, plus nous les aimons. »

Edmund Burke, Réflexions sur la révolution de France.