Au-delà de l'auteur de La France juive et de sa judéomanie, ce superbe texte d'Edouard Drumont tiré de La Fin d'un monde :
« Chère France ! Avoir monté si haut parmi les nations et tomber si bas, recevoir tous les outrages et ne pouvoir répondre, perdre chaque jour quelque fleuron de son étincelante couronne, quelque débris de sa gloire passée et écouter encore, d’un air déjà bien morne et bien désabusé, il faut le reconnaître, les paroles des rhéteurs qui nous tromperont jusqu’à la dernière heure !
Pourquoi cette chute ? Quelle cause dominante assignera l’Histoire à cette fin ? Une déviation du sens de l’Idéal — un faux chemin pris en 89, un chemin au bout duquel on croyait trouver Salente et dans lequel on s’est obstiné, après n’y avoir rencontré que des désillusions, des catastrophes et des hontes…
Par-dessus tout, la France fut la nation éprise d’idéal, de Justice, de Progrès. Bonald a écrit quelques lignes émues sur le choix des symboles qui figuraient dans les enseignes de chaque peuple. Les uns prirent l’aigle, d’autres le léopard, et ce fut derrière des images de bêtes, et de bêtes de proie, que marchèrent les hommes. La France choisit une fleur, la fleur mystique et suave par excellence, le lis sans tache, et lui prêta encore une forme à elle, en fit une fleur qui ne ressemblait à rien, une chimérique qui paraissait éclose dans un rêve…
Tant que le lis éblouissant eut ses racines dans la forte terre des traditions et des croyances, il s’éleva majestueux et poétique sous le ciel, aujourd’hui le sol est aride et le lis déjà flétri sous les exhalaisons impures des envahisseurs, se penche, prend les teintes jaunâtres de ce qui va mourir.
Bientôt le passant verra jeté sur le pavé, décoloré et flétri, le beau lis d’autrefois, le beau lis dont la tige était droite comme une lance guerrière. Et le passant dira ce que disent tous les étrangers : « Quelle noble fleur ! Quel pays magnifique ! Quel peuple comblé des dons de Dieu ! Quel dommage de finir ainsi ! Seigneur ! Épargnez-nous un tel sort ! »