Note de lecture rapide du livre Hérésie et inquisition de Jean-Louis Biget :
Jean-Louis Biget fait bien œuvre d’historien, sans être un apologète de la « religion cathare » ou un défenseur zélé de la doxa cléricale, par son entreprise de déconstruction des mythes autour des hérésies. Au-delà d’une simple lecture des sources, littérale et exclusive, il les dépasse pour les placer dans le champ de compréhension de la discipline historique. Ainsi évite-t-il les pièges idéologico-affectifs où, dit-il, sont tombés nombre de ses collègues. D’où son attachement, en note liminaire, à la sémantique, nécessaire travail pour tendre à ce que Marx Weber appelait la « neutralité axiologique » et poser les jalons d’une réflexion sérieuse.
Passée cette mise au point introductive, Hérésie et inquisition (dont le premier terme gagnerait à être mis au pluriel) se révèle être un ouvrage savant sur un sujet difficile. L’auteur s’attache tout d’abord à déconstruire le discours des clercs sur le mythe d’une Contre-église cathare unifiée ayant une doctrine solide, une base sociale étendue et une prégnance sur l’ensemble du Midi avant de montrer l’inanité de la filiation gréco-bulgare des hérésies, tentative d’inscription du phénomène en dehors de l’Eglise pour écarter sa nature endogène bien réelle, nature issue de la réforme grégorienne (distance clercs/fidèles) et de la non-prise en compte de l’évolution de la société (essor des villes, etc.), contrairement aux dissidents.
Le dernier chapitre est consacré au déclin des hérésies, à la fois à travers les causes primaires avec les moyens répressifs mis en place par l’Eglise avec l’Inquisition et les croisades, procédés guère efficaces, qu’aux causes profondes, c’est-à-dire à l’aggiornamento opéré par l’Eglise qui sonne l’heure de la reconquête spirituelle grâce à sa compréhension de l’évolution du monde et par le rôle décisif des ordres mendiants.
Car, plus qu’une simple dissidence, le courant dualiste des dissidents a menacé, bien plus que les Vaudois dont la critique se limitait aux institutions, la nature même de l’Eglise de par son ontologie alternative, à savoir la dichotomie Royaume de Dieu/Terre, issue d’un fondamentalisme évangélique qui découle de l’action de l’Eglise. D’où la stratégie d’inscription du « catharisme », auquel les clercs agrégèrent les différentes dissidences, dans la longue histoire des hérésies, pour le disqualifier. Bien plus tard, un procédé similaire sera mis en œuvre pour discréditer le protestantisme.
L’ouvrage de Biget est donc très important pour comprendre le phénomène « cathare », remis dans son contexte et décortiqué minutieusement, dans le Midi de la France. Les seules critiques qu’on pourrait formuler sont, sur la forme, les répétitions inhérentes au genre et, sur le fond, qu’il n’est pas expliqué pourquoi le « catharisme » fût très largement absent dans une zone qui court de Montpellier au Rhône tandis qu’elle partage avec le reste du midi une situation sociale et politique quasi-identique pour paraphraser Vincent Challet.