vendredi 25 décembre 2009

Méditations du haut des cimes*

Renaud Camus a écrit Du sens pour réintroduire de la logique dans notre monde sans logique. Il a voulu retrouver le sens. Le sens des mots principalement, mais pas seulement. Sa réflexion portait sur un vaste champ d’étude. Loin de posséder une érudition qui permettrait d’entreprendre une telle démarche, l’auteur de ce modeste bleaugue à décider d’écrire sur le sens de la Tradition, avec comme base de départ une critique de l’utilitarisme occidental dont l’Union Européenne est le plus funeste symbole. Voici ce que cela donne :

L’Union Européenne est une Tour de Babel, un Léviathan technocratique, une machine à broyer les peuples, à dissoudre les identités. Elle est la négation de l’Europe, au sens spirituel et atavique du terme. Car loin d’être née en 1957 avec le Traité de Rome, loin d’être la réalisation du rêve de Coudenhove-Kalergi, l’Europe est une très ancienne communauté. Le terme « Europe » est ainsi apparu dès l’Antiquité avec Hésiode, puis il se retrouve chez Hippocrate ou Hérodote.

Le système technicien, identifié par Ellul et Heidegger, prend donc ici, par substitution à l'Europe véritable, le masque du totalitarisme orwellien. La novlangue psittaciste stérilise alors l’esprit critique par l’intermédiaire des mass-médias aux ordres des puissants. Tel le roman dystopique d’Aldous Huxley, le monde meilleur des caciques de Bruxelles se transforme peu à peu en Meilleur des mondes. Les individus deviennent des déracinés, des êtres unidimensionnels, sans lignage ni attache. Le divin Marché les aveugle. Ils sont pliés à l’idéologie du désir. D’où le règne des illuminés qui nous gouvernent, de ces fous et de leur téléologie hégélienne.

Car alors que le monde est confronté à une crise systémique : faillite du néocapitalisme oligopolistique mondialisé, réveil identitaire et crispations ethniques, déséducation alarmante et nature à l’agonie face aux désirs faustiens, un vent de révolte devrait souffler sur ce vieux monde pour balayer la pourriture mondialiste, empêché, dans un ultime élan, l’eschatologie progressiste. Les hommes libres, ayant réunis leurs dernières forces vitales, devraient se révolter et terrasser le plus froid des monstres froids, détruire le Système, matrice du IVe Reich libéral-libertaire.

Or, les Occidentaux, dévirilisés, métissés et repentants, loin de nourrir des rêves de liberté se complaisent dans leur bonheur virtuel, cette fange rose, et dans leur vie sans goût ni saveur, laissant ainsi le champ libre aux thuriféraires de la Cosmocratie qui réussissent à maintenir leurs positions et à composer avec les évènements. Les zombies sans âme, sans espoir, démunie et anesthésié ne peuvent rien, ne veulent rien savoir.

La réalité, la tragique réalité, si elle ne sonne par l’heure de la reconquête, ne peut que leur être fatale en ces temps noirs dont se dégagent déjà les lignes de fractures. Espérons néanmoins que la collision de tous ces désordres amènera à ce que Carl Schmitt appelait l’Ernstfall, le point de basculement, où les peuples reprennent la parole… Autant dire que je suis très pessimiste quand à cette éventuelle réaction. De ce tableau, nous pouvons tirer une leçon : une révolution mentale doit précéder la révolution physique. La pensée est le nerf de la guerre.

Nous sommes donc dans une phase de décadence, une phase triste et sombre, une phase que les Hindous appelaient le Kali-Yuga, c’est-à-dire l’âge de fer, mais Guillaume d’Orange ne nous a-t-il pas enseigné que : « là où il y a une volonté, il y a un chemin » ? Ainsi, face à cette montée des périls, face à cette convergence des catastrophes, à ce nouvel Apocalypse, la meilleure réponse à opposer est à chercher dans notre glorieux héritage, dans la redécouverte de notre Tradition.

Elle est notre boussole, notre « épée magique » dont parlait Jünger, celle qui fait pâlir les tyrans. Car, et ce sera le mot de la fin, pour sortir du nihilisme, de cet utilitarisme américanomorphe, nous devons, à l’instar de tous autres peuples, Chinois, Turcs, Africains, (re)prendre conscience de notre tradition avant de pouvoir la défendre. Nous devons en être fier et la célébrer. Après seulement nous pourrons penser sur la longue durée braudélienne, ce temps où rien n’est définit, ni définitif, ce temps qui activera sans doute un processus positif dont les hommes qui y participeront n’oublierons par le grandiose murmure qui leur vient du fond des âges et qui les accompagnera dans cette tentative de reconquête. Retrouver la Tradition et sortir du nihilisme, c’est le sens de cette note.

*Référence au livre de Julius Evola.