Royaliste, je n'en sais pas moins (au contraire) reconnaître les grands hommes d'Etat. Le général de Gaulle, malgré ses erreurs, en fut un. Peut-être même le dernier, en France : ses ennemis d'hier salut aujourd'hui sa grandeur (cf. La grandeur et le néant, Dominique Venner). Il sut incarner la France et œuvrer pour le bien commun tandis que disparaissait le monde de nos grands-parents.
Ainsi, ce ne fut pas sans une certaine excitation que je mis le cap en direction de Colombey-les-deux-églises, fief de la famille de Gaulle. Car depuis l'enfance, élevé au sein d'une famille patriote amoureuse de l'histoire de France, j'avais toujours voulu marcher dans les traces de ce géant.
11h00. Après plusieurs détours, j'arrive enfin à l'entrée de ce petit village perdu de Haute-Marne, symbole d'une France qui se meurt peu à peu. Le paysage, superbe, y est tel que je l'imaginais, fidèle aux descriptions qu'en fit le général dans ses fameuses Mémoires de guerre, à ceci près qu'aujourd'hui une croix lorraine surplombe la vallée.
La propriété n'est qu'à quelques pas, le temps pour moi de régler les formalités d'usage et je serais à l'intérieur de cette vieille demeure autrefois si mystérieuse, où le général écrivit ses Mémoires et où il aimait se retrouver, entouré de la chaleur des siens.
Le parc autour de la maison est grand, champêtre et le mini-terrain de golf témoigne de l'intérêt qu'avait le grand homme pour le confort de ses petits-enfants. Une fois à l'intérieur, et après s'être discrètement scandalisé de l'incorrection de certains visiteurs à l'ignorance crasse, l'émotion monte crescendo et atteint sa plus intense expression à l'endroit où le général passa ces derniers instants.
Néanmoins, la pièce la plus intéressante - selon moi - demeure la bibliothèque. Au-delà d'une vue sur le bureau du général, ce lieu singulier résume la vie de son propriétaire. Les lectures d'un homme donnent un aperçu de sa pensée. Et je fus fort satisfait, bien que je m'y attendais un peu, de voir qu'au milieu de diverses œuvres du répertoire classique figurait l'intégral des Chroniques de la Grande guerre de Maurice Barrès. Un homme qui apprécie Barrès ne peut être médiocre.
Au final, c'est conscient d'avoir été un moment au contact de l'Histoire que je me décidai enfin à quitter le domaine pour visiter le Mémorial. Là, je n'y ai pas retrouvé la même exaltation qu'à la Boisserie. L'endroit n'est certes pas inintéressant, mais, la faute à un décorum moderne à la Jean Nouvel, le souffle de l'Histoire y est absent.