La superclasse, définie par Huntington, cherche à saper les valeurs traditionnelles pour sarcler les sociétés. Autrement dit, le néocapitalisme oligopolistique mondialisé coupe les individus de leur sol, de leur identité devenue un syncrétisme de la médiocrité, de leur culture, par une philistinisation des esprits, pour réduire les masses à la sujétion. Briser la famille et les fondements des populations revient à développer le néolibéralisme par la création de nouveaux marchés.
Ainsi, la subculture américanomorphe, pousse-t-elle à la consommation : les individus deviennent des unités, de simples numéros dans un conglomérat Mondial (lire la définition de l’identité française selon Eric Besson). D’où la réalisation du cauchemar orwellien par la novlangue psittaciste : la subversion sémantique, rendue possible par la déculturation galopante, détruit la pensée. Les individus deviennent la chaire à canon de l’élite cosmocratique, une pâte modelable, un collectif qui n’a pas de conscience en-soi ni pour-soi. Collectif d’autant plus malléable qu’il ne dispose plus des outils conceptuels pour penser.
Dans cet univers, les néoélites ont un rôle clé : elles soutiennent la stratégie du tittytainment selon Brzeziński, la distraction au sens pascalien (distraire pour détourner de l’essentiel). Politique qui cherche à détruire la décence commune chère à Orwell pour étendre le marché-roi. Loin des aristocrates d’antan et de leurs valeurs d’airain, la superclasse contemporaine ne tend pas au bien commun, mais à son confort personnel. La réalisation de son rêve babylonien (déconnecté de la triviale réalité) reviendrait à conforter sa place de choix au sein du Système. Annihiler l’esprit critique par la consommation, soit la modernisation de la formule romaine : « du pain et des jeux », cela revient à favoriser la libéralisation des mœurs pour détourner de l’exploitation néolibérale.
Les néointellectuels ne peuvent donc pas comprendre l’amour de la terre. Leur domaine, c’est l’abstraction : sans attache, ni lignage, les apologètes du Marché souffrent d’hallucination. Hallucination qu’ils cherchent à étendre au collectif. Incapable de comprendre l’attachement à la terre, son génie consubstantiel, son caractère structurant, ils tentent d’édifier leur monde parfait (encore cette volonté de « régénérer la société »).
Ce monde serait l’étape ultime du néolibéralisme, sa finitude. Il faudrait alors boucler la boucle par la transformation de l’homme en un vulgaire humanoïde, un être décharné, sans identité ni valeur, bref un esclave du Capital sans frein. La collusion du progressisme et du capitalisme participe ainsi de leur commune volonté de créer le Festivus Festivus, ce bipède éternel consommateur, exploité et sans capacité intellectuelle.
Néanmoins, soyons optimiste !
L’hubris des néoélites causera leur perte. Tel les Romains du Haut-Empire occupés à partouzer plutôt qu’à se prémunir contre l’extérieur (édit de Caracalla), ce retour de l’infâme réalité, ce rêve faustien de nos ploutocrates ne se réalisera pas. Ils n’arriveront pas à s’emparer définitivement de la vie des gens. Ils n’arriveront pas à transformer l’enracinement en une vague culture cosmopolite. Leur monde anhistorique sera balayer par le souffle éternel des temps, par l’appel de la vie, le retour du réel, parce que leur finalité, c’est le néant. Un néant sans fin. Les Hommes se réveilleront : Ordo ad chaos.